Bonjour à toutes et à tous,
Le mois de mai a marqué le moment tant attendu où le bateau a quitté son terre-plein. C’est une transition majeure : on quitte la poussière, la mécanique composite et la manutention pour se rapprocher physiquement de notre élément. Mais je ne vous le cacherai pas, c’est une phase relativement fatigante pour tout le monde ici, à Port-La-Forêt ! Entre la gestion des prestataires, la pression des délais et les imprévus, la haute technicité nous ramène toujours à une aventure profondément humaine. Je voulais partager avec vous ce quotidien intense.
RETOUR À L’EAU : L’IMPATIENCE DE NAVIGUER
Le moment de la mise à l’eau, pour moi, ça va bien au-delà d’un sentiment de fierté ou de réussite. Ce qui domine, c’est une forme d’impatience évidente d’aller naviguer, de retrouver la compétition et le grand large. Alors, même si on a encore énormément de boulot technique à faire à bord, le simple fait de changer d’environnement, de travailler sur un ponton, au ras de l’eau, c’est hyper appréciable. Mais j’ai appris qu’il faut accepter que les bonnes choses prennent du temps. Mettre un bateau à l’eau de manière prématurée, c’est s’exposer à créer des problèmes potentiels une fois au large. Ma priorité absolue était de m’assurer que tous les jobs indispensables à faire à terre, ou ceux qu’on réalise avec une bien meilleure qualité quand le bateau est au sec, soient finalisés d’un bout à l’autre.
LA « MINUTE TECHNIQUE » : ADAPTER LES USAGES D’HIER AUX SAVOIR-FAIRE D’AUJOURD’HUI
Ce refit en profondeur me donne une vraie confiance pour la suite de la saison 2026. Pourquoi ? Parce que j’ai la certitude qu’on remet à l’eau un bateau bien meilleur qu’il ne l’était. Malgré le fait de naviguer sur un IMOCA d’ancienne génération, notre version 2026 est plus fiable et plus moderne qu’elle ne l’était au départ du Vendée Globe.
Le questionnement technique a été permanent : on a concentré nos efforts sur la fiabilité globale du système de quille, sur l’équipement électronique et sur tout un tas de détails. C’est un vrai savoir-faire d’entretenir un bateau qui a de l’âge. Fabriquer des pièces en 2026 pour un support conçu en 2006, c’est complexe. Il faut réussir à adapter le savoir-faire technologique d’aujourd’hui à des usages d’hier, et faire cohabiter les deux de manière performante. On n’est pas du tout dans le « j’ai déjà fait, on refait pareil ». On cherche à progresser, constamment.
LES COULISSES DU CHANTIER : GÉRER LA PRESSION ET LES PHASES GLISSANTES
Sur un entretien aussi profond, il est impossible d’avoir toutes les compétences en interne. L’usinage, l’hydraulique, le composite, la voilerie, le gréement, la mécanique, l’électricité, l’électronique… Tout cela demande des hyperspécialistes. Nous travaillons donc avec beaucoup d’entreprises extérieures.
La grande difficulté de cette fin de chantier, c’est d’obtenir que tous ces sous-traitants tiennent les délais et la qualité convenus. On le voit tous dans nos entreprises : il y a des moments où les plannings débordent et glissent. C’est ce qui nous est arrivé sur plusieurs sujets. De notre côté, on a tout fait pour absorber ces retards et tenir notre calendrier initial. Notre petite marge de sécurité a été complètement rognée, ce qui a mis l’équipe voile sous une grosse pression.
Dans ces moments-là, le secret, c’est l’humain. Il faut garder l’équipe soudée pour que, malgré la tension qui monte, tout le monde continue à bosser sereinement, efficacement, dans la bonne humeur et sans rancœur ni énervement. C’est aussi un exercice d’équilibre permanent avec nos prestataires : il faut échanger, argumenter, trouver le moyen d’avoir le matériel le plus vite possible sans mettre une pression lourde et oppressante qui empêcherait l’autre de travailler. Maintenir un dialogue positif pour aller de l’avant, c’est ça la vraie gestion de crise.
FOUSSIER AU CHANTIER !
L’équipe marketing/com Foussier est passé nous voir il y a deux semaines : un vrai coup de boost ! La journée passée avec l’équipe Foussier sur le chantier a été un excellent moment. On a des objectifs communs et on doit les atteindre en travaillant ensemble. Se voir en vrai, c’est tellement mieux que de s’échanger des fichiers numériques ou des coups de fil. On apprend à se connaître, on pose les attentes de chacun.
Certains pourraient se dire que bloquer le chantier et passer du temps en stand-by pour des tournages c’est une « perte de temps ». Pour moi, c’est exactement l’inverse : c’est un gain de temps précieux pour la suite. On est allés bien au-delà de ce qu’ils attendaient.
C’est hyper satisfaisant de sentir des atomes crochus avec l’entreprise que l’on représente, avec Dominique Foussier et ses équipes. Pour nous, c’est un énorme vecteur de motivation. Représenter un partenaire dont on se sent proche, ça pousse à puiser au plus profond de ses ressources et à se dépasser quand on est seul en mer face à l’adversité.
LE PROGRAMME A VENIR
- Début juin : Remise en route technique. À cause des délais fournisseurs reportés, on a dû couper la manutention en deux. Le bateau est à flot mais pour l’instant, sans mât, c’est un peu une péniche, ça ne ressemble pas à grand-chose et ça navigue très mal 🙂 Milieu de semaine prochaine (autour du 10 juin) : Matage du bateau à Port-La-Forêt.
- Courant juin : Déménagement logistique de l’équipe vers Lorient. Ça va nous demander de l’organisation, mais on va gagner un temps précieux dans nos journées, gagner en efficacité, en sérénité et en sobriété, car la majorité de l’équipe vit près de Lorient.
- Mi-juin : Début des navigations relations publiques pour accueillir les invités de nos partenaires dans les meilleures conditions.
Avant le break estival : Planification du sportif. Le bateau ne sera pas à 100% de son potentiel immédiatement à cause des retards de livraison. Je ne veux pas faire du sportif avec une plateforme qui n’est pas prête à 100%. Les entraînements viendront dès que la technique et la logistique à Lorient seront calées. En attendant, ma préparation physique et mentale, elle, reste quotidienne !
Un immense merci à vous tous pour votre soutien continu dans cette phase charnière. Le bateau a retrouvé l’eau, l’équipe reste soudée et concentrée, et j’ai hâte de partager avec vous les premiers bords de cette saison 2026.
À bientôt !
Sébastien.