On connaissait le Rhum arrangé, nous avons cette année le Rhum inversé !

Avec son départ au coeur de l’automne, la célèbre course est connue pour ses premiers jours bien engagés et ses passages de front spectaculaires. Elle aussi connue pour ses images de soleil qui nous réchauffent au coin de la cheminée quand, au bout d’une petite semaine, les marins rejoignent l’autoroute des alizés quelque part dans le sud. A bord des bateaux, les cirés sont rangés, au profit des chapeaux de soleil: juste récompense après une sortie de Manche souvent difficile, et une descente tonique vers Madère ou les Canaries.

C’est ce qu’on appelle la route sud, celle qui fait gagner quand l’anticyclone des Açores est bien positionné sur… les Açores, et que les dépressions d’automne circulent librement sur l’Atlantique nord. Cette année, il n’en est rien. La course commence au soleil, avec le vent dans le dos. Les spis sont de sortie dès le départ, à cause (ou grâce, pour le spectacle) d’un gros anticyclone bien agrippé sur les iles britanniques. Il bloque littéralement la circulation des dépressions qui s’évacuent comme elle peuvent (les pauvres) vers le grand nord sans grand espoir de venir arroser nos vertes prairies. Mauvaise saison pour les marchands de cirés, et nos nappes phréatiques vont s’arracher les cheveux.

Pour l’IMOCA Foussier et ses petits camarades, descendre plein sud n’y changera rien. Toutes les conditions sont réunies pour une panne d’alizés mémorable, et ça fonctionne comme dans les livres: il n’y a pas d’alizés, ni d’espoir d’alizés pour les 10 jours à venir. Le soleil des premiers jours va laisser place à une belle dépression qui va s’installer en milieu de semaine prochaine au beau milieu du parcours, au niveau des Açores. Un contournement par le nord s’impose, avec son lot de pluie, de vent fort et de mer pourrie. Sur Virtual Regatta, ça passe plutôt bien. Dans la vraie vie, c’est différent. Elle va faire des déçus, et probablement un peu de casse. Dès l’empannage de demain matin, il faudra viser juste. Le casse-tête commence.

La suite n’est pas plus traditionnelle. Après cette belle dépression, les modèles sont encore un peu vague, avec une constante toutefois: il faudra négocier une série de petites dépressions tropicales qui, là encore, risquent bien de barre la route du sud. Cette année, la route nord tient le devant de la scène. Elle est beaucoup plus courte que la route sud, et la course risque donc d’être rapide. Mais elle ressemble à tout sauf à une Route du Rhum: départ au soleil, et traversée dans la grisaille.

Ce rhum inversé est bien renversant !

Régis Vian.


À propos de l’auteur : Régis Vian
Partenaire du projet de Sébastien Marsset et dirigeant de charpente métallique CMG, Régis Vian est un marin amateur chevronné, notamment vainqueur de la Transat Cap-Martinique 2024 en solitaire. Fort de sa rigueur technique et de son expérience du grand large, il partage tout au long de cette Route du Rhum son regard d’expert et son soutien passionné au skipper.

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